David-Bowie-1971Cette fois, c'est fait, le dernier clou du cercueil de notre adolescence, à nous qui avons plus de cinquante ans (et 40 ans de rock'n'roll dans les veines), a été planté, et le cercueil est en train de descendre dans la fosse, sous la pluie froide de ce mois de janvier 2016 qui commence presque aussi mal que janvier 2015. Bowie, même si depuis le milieu des eigthies et un "Let's dance" de funeste mémoire, quelque chose s'était rompu entre LUI et nous, reste l'artiste le plus important de nos années de formation. Oui, plus que Lou Reed ou Iggy même, en dépit de l'impact peut-être plus grand encore musicalement du Velvet ou des Stooges. Bowie, ça a été pour moi, entre 1972 (l'incroyable doublé "Hunky Dory" / "Ziggy Stardust", à peu près inégalable dans l'histoire du Rock) et 1980 ("Scary Monsters", son dernier album VITAL, même si nous y avons cru à nouveau une fois avec "Earthling" en 1997), soit huit ans quand même, le battement même du cœur de la musique, en synchronisation parfaite avec le nôtre. Chaque événement important de ma vie a été rythmé au cours de ces 8 années par un album ou une simple chanson de Bowie, des premiers baisers aux premières ruptures, des premières crises familiales aux premières découvertes d'un ailleurs culturel et géographique. Inversement, je me souviens exactement, à la différence des autres centaines (milliers plutôt) de disques que j'ai achetés au cours de ma vie, où j'ai acheté chacun des albums de Bowie entre 1972 et 1980 (le jour même de la sortie, forcément), et avec qui, et dans quel état d'esprit je les ai écoutés pour la première fois (comme par exemple d'avoir écouté l'intégralité de "Station to Station" au téléphone du dortoir du lycée parce que mon ami Philippe l'avait eu avant moi !). Et bien sûr, je connais encore par cœur chacune des paroles de l'intégralité des morceaux de tous ces albums-là. Bowie a été une lumière, un phare plutôt, qui nous a guidé dans l'obscurité sociale et politique des seventies, vers un univers plus libre, plus fou, plus créatif, plus coloré, plus vivant, plus jeune, plus excitant. Un univers qui n'avait pas les limites qui sont réapparues depuis, malheureusement. Que Bowie meure en 2016, dans un monde où l'obscurantisme religieux et le conformisme social sont plus forts que jamais marque tristement la clôture d'une parenthèse de liberté et d'imagination qui aura marqué ma génération. Bye, bye, Starman !