short-cutsA sa sortie, en 1994 (plus de vingt ans déjà), "Short Cuts", sa vingtaine de personnages, son foisonnement de micro-récits - inspirés de texte de Ramon Carver - s'intercroisant sans jamais se rencontrer vraiment, avait fait sensation : le film "choral" venait d'être inventé (enfin, si l'on veut bien oublier qu'Altman avait déjà réalisé plusieurs films, comme "Nashville" sur ce mode), et il allait engendrer une nombreuse descendance, pas toujours au même niveau de qualité… A l'époque, j'avais tordu le nez sur l'artificialité du procédé de narration, et une certaine complaisance dans le portrait à charge, qui flattait le public européen dans le sens du poil (la critique de la société américaine faisait recette…). Aujourd'hui, "Short Cuts" étonne plutôt par la manière dont est évacué du scénario tout ce qui n'est pas "blanc", comme si à l'époque ni les mexicains ni les blacks n'existaient en Californie, ou au moins n'avaient droit à l'image. C'est désormais la plus forte critique que l'on a envie de faire à Altman, parce qu'on savoure désormais la finesse de sa mise en scène, l'intelligence absolue de l'enchaînement des scènes, la justesse dans l'équilibre des sentiments, évitant toujours le pathos et l'excès malgré la dureté des faits représentés, et surtout, surtout de l'interprétation générale, que l'on qualifiera de délicieuse, tant les acteurs, comme toujours chez Altman en fait, ont l'air de se délecter de ces situations atroces et ces dialogues brillants qu'ils ont à interpréter. Grâce à tout cela, "Short Cuts" est un film qui a bien vieilli, contre toute attente.