Les Aigles T4Quatrième tome de la saga des "Aigles décapitées", "l'Hérétique" est donc celui de la rupture : Pellerin parti - le désastre scénaristique du tome précédent trahissait sans nul doute son désengagement du projet -, Kraehn prend la totalité de l’œuvre à sa charge, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu"on semble y gagner au change : tout en poursuivant son passionnant travail de mise en lumière d'histoires largement ignorées du Moyen âge (ici les "pastoureaux", ces bandes d'adolescents errant sous la direction de "gourous" déviants abusant de leur crédulité), "les Aigles" retrouve ses marques en contant une vraie histoire, à la fois riche en péripéties et simple narrativement, avec des personnages complexes (le juif, Nolween), donc émotionnellement engageants pour le lecteur (ce qui n'était pas le point fort des précédents volumes). Mieux, Kraehen prend acte de la fadeur essentielle de son "héros" pour en faire un vecteur de fiction, puisque son statut d'objet du désir et de la fiction des autres est au cœur du récit. Autre changement notable, même s'il est progressif au fil des pages de "l'Hérétique", Kraehn change de style graphique, tentant la modernisation de son trait, allant vers une ligne plus stylisée qui contraste certes avec le contexte de "vérité historique" de la série, mais se révèle fort plaisante en dépit d'une certaine maladresse (toujours ces visages changeant...). En tous cas, "les Aigles Décapitées" gagne ici une seconde vie !