mystic_riverAprès plusieurs films que l'on pouvait objectivement qualifier de faibles, Eastwood revenait en 2003 dans une forme étonnante (dans tous les sens du terme) avec cet éprouvant "Mystic River", qui, sous une apparence de grand classicisme (théâtralisation tragique des sentiments, jeu "actor's studio" - d'ailleurs discutable - d'acteurs choisis pour leur stéréotypage, amples mouvements de caméra, etc...), dépeignait de manière unique, c'est-à-dire sans simplisme ni complaisance, l'infinie propagation du Mal absolu dans la société américaine. Bien entendu, l'apport du talentueux Dennis Lehane, auteur du roman adapté par Eastwood, ne doit pas être négligé, mais la place de "Mystic River" dans la filmographie d'Eastwood est claire : après "Unforgiven" et "Million Dollar Baby", il s'agit de l'un de ces films profondément pessimistes où Eastwood semble réaliser que l'American Dream ne protège que les forts, et que les victimes y sont éternellement damnées. La dernière scène, terrible, enfonce le dernier clou du cercueil de nos espoirs : les tenants de la force et de "l'oeil pour oeil", aux dépends de la justice, ne seront pas rongés par leur culpabilité, et la loi ne peut que fermer les yeux sur tout cela (d'ailleurs ceux qui ferment les yeux sont récompensés, puisque le bonheur familial leur est rendu !).