2015 06 FFS Bataclan (22)21 h : FFS sont là, et attaquent avec Johnny Delusional, une chanson dont j’ai mis un certain temps à percevoir la « grandeur », je l’avoue, et que je trouve ce soir totalement dévastatrice. L’impact émotionnel est immédiat, le frisson du grand concert me parcourt l’échine, c’est parti : le public est déjà aux anges, les voix de Russell et d’Alex sont impeccablement mêlées, ce qui permet de cacher en plus l’habituelle imprécision de ce dernier, le son est très fort mais clair, la soirée promet d’être parfaite. The Man Without A Tan, véritable pilule de bonne humeur, fait monter l’ambiance d’un cran, ça pogote déjà pas mal au centre, là où Virginie est allée s’aventurer. Russell, Alex et Nick sont un véritable « power trio », ils semblent tous les trois s’amuser comme des fous, et attirent tous les regards. Ron est évidemment égal à lui-même, imperturbable et pourtant impérial aux claviers qu’il assure tout seul contrairement au disque, puisque Nick sera quasiment toujours le seul guitariste, Alex se concentrant sur le chant : cette distribution des rôles change clairement le son de Franz Ferdinand sur scène, et contribue à l’illusion FFS, le sentiment d’avoir à faire à un groupe différent, et non pas simplement FF jouant avec Sparks, comme on pouvait le craindre. Néanmoins, je trouve Bob et Paul particulièrement renfermés, surtout par rapport à la jubilation de Russell et d’Alex, et je me demande si cette aventure musicale est tellement à leur goût !

2015 06 FFS Bataclan (34)Do You Want To, assénée sans trop de subtilité (ce sera la seule exception ce soir à un projet qui raffine clairement le spectre musical de Franz Ferdinand), fait exploser de joie toutes les ados et post ados qui sont là, il faut l’admettre, en espérant un set de Franz Ferdinand, un point c’est tout, et qui sortiront donc, je pense, un tantinet déçues une heure et quart plus tard. Russell se délecte visiblement de pouvoir participer à ce genre de grande effusion populaire, après tant d’années à officier devant un public passionné mais réduit. Little Guy From the Suburbs continue à être pour moins une énigme, puisqu’on n’y retrouve ni la grâce baroque de Sparks, ni la tension nerveuse de FF, et ne peut donc qu’être qualifiée de « chanson d’Alex » tant ce dernier paraît mettre du cœur dans ce récit inspiré paraît-il des souvenirs de Mesrine. Dictator’s Son est par contre un pur joyau aux éclats bizarres, et la version live tape vraiment fort : deuxième moment de plaisir intense pour une grande partie du public !

Things I won’t Get permet à Nick de pousser sa rengaine, ce n’est comme toujours pas très brillant (de méchantes gens autour de Clément, près de la console, se mettront apparemment à huer Nick à ce moment-là), mais Russell fournit l’aide technique et émotionnelle pour que tout se passe bien. So Desu Ne, hilarante chanson paradoxale (“Nothing but a Kenzo kimono on / Carrying a Hello Kitty Uzi”, ce genre…) est traitée loin du dance floor (Clément en sera déçu) comme une comptine pop aux claviers (tout le monde aux claviers, oui ! ce qui me permet une belle photo de groupe autour des keyboards de Ron). The Number One Song in Heaven est impeccable, avec cette fois un Alex qui semble ravi comme un gamin dans une boutique de friandises de pouvoir mêler sa voix à celle de Russell sur ce classique disco absolu. A la fin, les musiciens de lancent dans un passage aux percussions, de manière à nous offrir notre « Ron Moment » de la soirée, cet intervalle trop bref d’une danse surréaliste de Ron, grimaçant comme un dément, que les fans de Sparks connaissent bien et attendent toujours avec excitation.

2015 06 FFS Bataclan (77)On entre alors dans la dernière ligne droite du set, celle de haute intensité… Jugez-en : une version magnifique de Michael, où les claviers de Ron et la voix de Russell portent cette grande chanson de Franz Ferdinand encore plus haut. Nick en profite pour aller surfer avec sa guitare sur la foule, l’hystérie est tangible dans le Bataclan où la température atteint le niveau insoutenable coutumier. This Town Ain’t Big Enough est évidemment imparable avec l’énergie de Franz Ferdinand mise au service d’une telle chanson : sans doute LA version live parfaite de cet immense, cet impérissable morceau ! Police Encouters est un nouveau shot de joie simple, et Take Me Out provoque le raz de marée attendu dans la salle, avec Ron qui rajoute du clavecin par là-dessus. Piss Off est un au revoir parfait, à la fois drôle et saignant. Une heure seulement… Mais il nous reste heureusement le rappel.

Un rappel qui démarre dans la beauté et l’harmonie (vocale) avec un When Do I get to Sing My Way roboratif, suivi d’une excellente version de Call Girl, bien supérieure à celle de l’album du fait de la guitare funky de Nick, rendant le titre plus rêche, moins lisse. On se quitte avec une théâtralisation complice et hilarante de Collaborations Don’t Work, un morceau baroque qui prend tout son sens avec les luttes de pouvoir illustrées sur scène par les musiciens, un dernier grand moment. Et c’est fini.

Grande joie donc que cette soirée, à la fois originale – oui, le projet FFS aura bien été à date la chose musicale la plus excitante de 2015 – et parfaitement satisfaisante, tant techniquement (quel groupe cela fait !) qu’intellectuellement (quel étalage d’intelligence dans la construction des chansons, des textes, et dans leur interprétation !). Du coup, j’ai hâte de les revoir, et ça sera dans deux mois à Rock en Seine.