2015 05 IMFB Maroquinerie (23)21h15, Emanuel Lundgren, avec un look bien différent de la dernière fois où je l’avais vu – 2008 au Bataclan, à une époque où I’m From Barcelona était au sommet de sa popularité – puisque la barbe a disparu et les cheveux se sont bien raccourcis, n’a plus qu’une quinzaine d’amis avec lui ce soir quand il pénètre (sur l’air du Barcelona de Freddie Mercury et Montserrat Caballé…) sur la scène de la Maroquinerie, néanmoins bien trop petite pour l’exubérance de sa musique. Au premier rang, les choristes et les cuivres sont serrés comme des sardines de part et d’autre d’Emanuel, tandis que derrière eux, les musiciens « traditionnels » - guitares, basse, claviers – ont un peu plus de place pour opérer. On remarquera d’ailleurs très vite que le dégraissage du groupe s’est fait aux dépends de la multitude d’instruments (violons, accordéons, tambourins, etc.) qui enrichissait le son de I’m From Barcelona. Pour le reste, on ne peut pas dire que la musique du groupe ait changé, oscillant toujours entre pop dépressive et hymnes emballés à reprendre en chœur, histoire de se réconforter.

L’attaque du set avec le single Violins est de fait des plus puissantes, mais les accents « Arcade Fire » me défrisent un peu. Non pas qu’Emanuel puisse être accusé de plagiat, car il est contemporain du couple Butler-Chassagne et il partage avec eux cette vision d’une musique emphatique pour exprimer un mal-être (personnel, sociétal) profond, mais dans ce domaine, Arcade Fire est quand même imbattable. Il me faudra attendre la troisième chanson, Helium Heart, pour que le charme opère sur moi, et à partir de là, ce ne sera plus que du nanan !

Le public, très varié, de tous âges (même si je ne verrai que peu d’ados, quand même…) et de tous les styles, est absolument déterminé à passer une grande soirée, et accompagne la troupe dans tous ces élans d’euphorie. Il faut noter que, même si la Maro affiche complet, il n’y aura ni bousculade ni pression sur les premiers rangs, l’atmosphère bon enfant que crée la musique du groupe aidant très certainement à civiliser le public parisien, que j’ai connu bien plus agressif. Emanuel ira même tester la foule en descendant de scène pour aller chanter au milieu de ses fans, d’abord a capella, puis accompagné de sa guitare sèche : un joli moment de communion, comme on dit, sans tomber dans le trip baba, car Emanuel garde une acidité de bon aloi. Alors que le public chante Treehouse, les autres musiciens remontent sur scène, et termine le morceau « adlib », avec le rituel bien connu de la gestuelle accompagnant le refrain (“I have built a treehouse / Nobody can see us / It's a you and me house”)… Sympa, mais quand même un peu longuet.

2015 05 IMFB Maroquinerie (61)C’est cependant à partir de là que le set atteint sa pleine puissance, et aussi son maximum d’enchantement, avec l’aide quand même des habituels ballons rouges et blancs, puis du canon à confettis. Les musiciens sont déchaînés, Emanuel est à donf, les morceaux crowd pleasers du premier album terminent le set (Ola Kala, très bien), avant un rappel qui sera également consacré à « Let Me Introduce My Friends », après le très réussi Sirens. Le duo We’re from Barcelona / Barcelona Loves You fonctionne à plein, c’est la banane sur le visage de tout le monde. On n’a pas envie de les laisser s’en aller, bien entendu, et ils reviendront pour l’au revoir chaleureux de Departure : ce sont un peu des amis qu’on laisse, mais on espère tous se retrouver bien vite pour une autre session de thérapie par la musique.

En conclusion, avec un Emanuel qui m’a semblé moins agressivement déjanté qu’autrefois (pas de stage dive !), l’équilibre « angst » / festivités m’a semblé meilleur, et si l’hystérie est moins au rendez-vous, force est d’avouer que I’m From Barcelona continue à donner des concerts roboratifs, réconfortants même en cette année 2015 quand même assez déprimante. A la prochaine, les gars !