Trois-enterrements-Jones

"Trois enterrements" est un film qui supporte bien d'être revu, sans doute grâce à la complexité de sa thématique, qui confronte l'inhumanité de l'Amérique profonde actuelle (hébétude morale, misère autant matérielle qu'émotionnelle, inanité de la loi et de la justice) avec une nostalgie butée envers un mode d'existence qui fut meilleur (les cow boys, leur vie rude, la simplicité des échanges dépouillés de tout artifice social, la paternité comme refuge de l'amour). On soulignera la justesse de tous les interprètes, certes confinés par Tommy Lee Jones dans un mutisme - ou tout au moins une sobriété d'expression - assez systématique, mais toujours au service de personnages finement construits, et finalement encore peu vus dans le cinéma moderne américain (je pense par exemple au shérif joué par Dwight Yoakam, à la fois répugnant et hilarant, mais finalement touchant...). Mais "Trois Enterrements" est surtout un film qui questionne, à la manière des grands Eastwood, la disparition - et la conservation, même à coup d'anti-gel, - du western, en le confrontant à nos dérives contemporaines : la haine de l'étranger (l'immigré clandestin Mexicain), le vide abrutissant de la vie moderne (le shopping comme seul ancre), la solitude infinie que l'on ressent dans un désert de communication (des 2 côtés de la frontière, on écoute la langue de l'autre sans la comprendre, fasciné par cette altérité). Très dur et pourtant très drôle, voici un film qui réussit le miracle de conjuguer la beauté élégiaque d'un rendez-vous avec la mort et la mémoire - qui n'aura pas tout-à-fait lieu, comme les plus beaux rendez-vous -, avec la trivialité d'une chronique contemplative de vies ordinaires.