2014 11 Metronomy Audio Club (33)

A 23h30, Joseph Mount et son Metronomy sont là. .. et ils vont littéralement me souffler ce soir. Ce set de clôture d'une mini tournée sud-américaine va prouver que Metronomy a encore mûri depuis la dernière fois que je les ai vus à Madrid, et surtout que ce groupe est un véritable Dr Jekyl / Mr Hyde, passant d'une manière quasi magique de frêles chansons d'amour blessé à des tueries electro qui entraînent le public de l'Audio Club  dans des moments de transe joyeuse. Plus intéressante encore est la manière dont les chansons de Metronomy évoluent entre les album et la scène, et au fil du temps. La plupart sont d'abord difficiles à reconnaître, puis retrouvent leur mélodie, leurs mots, mais nous offrant de nouvelles sensations sans que les anciennes en soient pour autant effacées. C'est passionnant, et c'est la  marque d'un groupe désormais en pleine possession de ses moyens,  offrant à son public émotion, plaisir et excitation dans une proportion toujours changeante. Le set de Metronomy est une suite de surprises, et une construction délicate de plaisirs subtils traversée de décharges électriques. Couronnement du set ce soir, et parfait exemple de cette alchimie, une version impressionnante de The Bay, qui atteignit la grandeur d'un Blue Monday, avec ce même mélange impérieux de fragilité et de splendeur. 

Tous vêtus de manière semblable, comme à l'habitude, les quatre musiciens de Metronomy (auquel s’ajoute un cinquième luron, aux guitares et claviers) ont chacun un rôle dans la construction du "spectacle Metronomy", le plus impressionnant étant Olugbenga Adelekan, le bassiste très féminin, au jeu de scène élastique, à la voix incroyable, chargé de chauffer le public aux moments-clé du set. On remarquera ce soir l'étonnante rupture créée par l'interprétation très fidèle mais très inspirée de Here Comes the Sun, où Oscar Cash nous démontre qu'il pourrait bien être le George Harrison de Metronomy ! Auparavant, on aura chanté tous en choeur, des étoiles plein les yeux, sur une version de Love Letters infiniment supérieure à celle de l'album, ou sur l'inépuisable Corinne, avec sa mélodie accroche-coeur et irrésistible. On aura aussi tous joué du synthé avec deux doigts comme Joseph pour accompagner la ritournelle de Reservoir, et sauté en l'air en agitant des bras sur une réinterprétation rock de Boy Racers, et vibré de plein de manières différentes sur cette musique insaisissable mais toujours génératrice de bonheur... Joseph Mount, même incapable de dire autre chose que « Obrigado » en portugais, paraissait lui aussi parfaitement heureux de cette soirée, et la séparation au bout de 1h15 fut pleine d'émotion. Le groupe revint pour faire les kékés sur un morceau protopunk parfaitement réjouissant, petit cadeau supplémentaire à un public déjà comblé. (A noter que Olugbenga remit la set list personnellement à une jeune fille noire au premier rang, me faisant songer qu'il avait sans doute trouvé le public paulistano un peu trop blanc à son goût, ce qui n'est pas faux...).