2014 11 Paul McCartney Allianz Parque SP (3)

21h45, donc : Paul McCartney est là, petit point sur une scène spectaculaire, heureusement bien reproduit sur de magnifiques écrans verticaux de chaque côté, qui vont nous permettre de suivre le concert dans un confort total. Il attaque avec Magical Mystery Tour, signe que nous aurons droit à la seconde set list de la tournée « Out There » : il y en a deux en tout et pour tout, et elles ne différent que de deux chansons, en intro, et en milieu du premier rappel (Get Back au lieu de Hi Hi Hi, ant mieux !), pas de surprise donc dans ce show hyper professionnel et extrêmement bien rôdé. Le son est pourri, d’entrée, mais s’améliorera rapidement, sans toutefois atteindre la qualité qu’on aurait aimé avoir.

Quand je dis « pas de surprise », je ne suis pas certain qu’aucun d’entre nous ce soir à l’Allianz Parque souhaite vraiment avoir des surprises : nous sommes ici pour voir encore une fois l’un des géants absolus de la musique du siècle dernier (et de ce siècle aussi, soyons généreux), et il va interpréter pour nous des chansons qui, en plus d’être excellentes, font partie du patrimoine de l’humanité : des chansons sans lesquelles le monde ne serait pas ce qu’il est, et serait même probablement moins bon encore qu’il ne l’est. Ces chanson (Yesterday, Let It be, Blackbird, Lady Madonna, Eleanor Rigby, Something, Hey Jude, etc. etc.), on n’a pas pu tout envie de les entendre massacrées par des initiatives « créatrices » quelconques : on ne veut pas souffrir comme on souffre avec Dylan chaque fois qu’il reprend ses classiques sur scène ! Non, on adore le touring band de McCartney, qui arrive à sonner EXACTEMENT comme les Beatles, avec juste ce qu’il faut d’énergie live en plus pour créer une excitation qui sera la cerise sur le gâteau ! Et en plus, les Anderson, Ray, Wickens et Laboriel, ils donnent cette fabuleuse impression de ne pas arrêter de s’amuser durant les deux heures quarante du concert, et on voit bien que Paulo est content de jouer avec eux... Même que rapidement, à le voir si joyeux, on ne lui donnerait certainement pas ses 72 ans « officiels » !

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Alors, et McCa, comment il était ce soir ? Eh bien, je dois dire que son habituelle jovialité un tantinet démago – on l’a si souvent traité d’hypocrite ! – passe comme une lettre à la poste : devant 40.000 personnes, de toute manière, mieux vaut en faire BEAUCOUP, non, pour arriver à passer la rampe ? Oui, Paul nous gratifie de sympathiques discours en Portugais, avec quelques conneries au milieu, mais on ne lui en voudra pas, non ? Oui, Paul fait chanter, comme à chaque fois, tout le monde en choeur sur Obladi Oblada, sur (le pénible) Everybody Out There et sur l’inévitable final de Hey Jude : tout ça est d’une évidence qui fera grincer les dents de certains, mais pas les miennes, car Paul, il a tous les droits, à mon avis. Les critères de bon goût que l’on défend ardemment quand on parle de Musique, eh bien, lui, il a bien gagné le droit de s’assoir dessus, il me semble. Parce que Paul, il joue toujours bien de tout – basse, guitare, piano -, et sa voix, si elle n’est plus depuis longtemps la merveille de ses jeunes années, elle tient quand même formidablement bien la route pendant près de trois heures, sur des trucs pas faciles à chanter ! Physiquement, Paul a minci un peu, et malgré une coupe de cheveux discutable (mais ça a toujours été comme ça), il a maintenant une élégance naturelle qui lui autorise bien des excès. Pour tout dire, j’ai trouvé Paul - et ce concert - bien supérieur à celui que j’avais vu il y a 7 ans dans le cadre pourtant bien plus agréable de l’Olympia de Paris : sans doute est-ce parce que la démesure des stades et l’enthousiasme collectif d’un public populaire correspondent mieux à l’importance de la musique des Beatles, et aussi, parce que la distance et le gigantisme gomment les imperfections du spectacle, et le passage des ans sur les corps.

Pas question de repasser ici en détail la quarantaine de morceaux de la set list, je voudrais seulement, pour le plaisir, noter certains temps forts de la soirée : Let Me Roll It, avec sa citation hendrixienne bien vue, Nineteen Hundred and Eighty Five, le premier moment vraiment excitant de la soirée, l’intensité de Maybe I’m Amazed, hommage grandiose aux années Linda, l’intemporalité de la mélodie de And I Love Her, qui fait briller les yeux autant que les téléphones portables (qui ont remplacé de leur lumière froide la chaleur des briquets de naguère), une magnifique interprétation de Blackbird (toujours pertinente à l’époque de Ferguson, malheureusement), le standard absolu qu’est toujours Lady Madonna, supporté par un beau montage vidéo de femmes célèbres, la surprise d’entendre interprétés « live » All Together Now (pour la « molequada », se délecte Paulo), Lovely Rita ou Mr. Kite – même si ce dernier est curieux sans l’ironie acide de Lennon -, le kidnapping émotionnel imparable de Something, l’énergie intacte de Back In The USSR, la pyrotechnie grandiose pendant Live and Let Die, la perfection transcendante de Day Tripper...

Nous avons décidé de faire l’impasse sur le second rappel, nous voyant mal passer le reste de la nuit à essayer de regagner notre foyer dans le chaos paulistano, et nous avons donc quitté le stade alors que 40.000 personnes chantaient Yesterday a capella, ce qui constituera une très belle conclusion pour cette soirée surprenante d’enchantement.