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Autant j’ai “intellectuellement” du mal avec le Ryad Sattouf de “la Vie Secrète des Jeunes" ou de "l’Arabe du Futur", qui me semblent trahir par leur pessimisme une vision "sans empathie" d’une humanité bornée, sans avenir, autant Sattouf me semble exploser complètement ces réserves avec sa brillante série "Pascal Brutal", et démontrer a contrario qu’il est plus que capable de transcender la simple observation satirique de la bêtise pour atteindre à la fois des sommets comiques et une plus grande finesse dans son analyse politique (voire sociologique). Et ce qui est fantastique, c’est qu’au quatrième album des aventures bestiales du plus grand héros français (quelqu’un se souvient du SuperDupont de Gotlib et Lob ? Le principe est a priori le même, mais la réussite de Sattouf beaucoup plus évidente), la veine semble toujours inépuisable : l’idée géniale de ce « Quattro », c’est de faire endosser à Pascal les oripeaux des modèles (ou anti-modèles, selon le cas) masculins de notre époque, du rappeur au footballeur, en passant par le stand up comedian ou le fils à papa dégénéré, et de pousser ainsi jusqu’au bout la logique « du spectacle » en exagérant les stéréotypes qui la nourrissent. Sattouf développe ainsi une véritable parole politique autour des thèmes les plus sensibles de la société française, tout en n’oubliant pas de munir son héros de « failles » qui le rendent sympathique au delà du ridicule des situations : la tendance homosexuelle de Pascal, qui revient régulièrement et humanise le personnage, en est bien sûr le plus bel exemple. On peut aussi reconnaître ici, en mois poussé il est vrai, une poésie de l’absurde qui évoque le meilleur de Pierre La Police. Et bien sûr, répétons-le, le tout est incroyablement drôle !