Godzilla affiche

Pourquoi refaire "Godzilla", un mythe pour les geeks et les "nippophiles" plutôt qu'un véritable "classique" du cinéma ? Chances de réussite commerciale réduites, le grand public ayant traditionnellement peu de sympathie pour les combats de monstres radioactifs au milieu des décombres fumants de mégalopoles dévastées,  et retour de bâton assuré de la part des puristes... La bonne idée ici - la seule, en fait - aura été de confier la direction du film à Gareth Edwards, qui fait - après "Monsters" - un travail formidable, tant esthétique (ah, ce saut des parachutistes au dessus de San Francisco en cendres !) que conceptuel (suivre le modèle indépassable de "Alien" ou "Jaws" et en montrer le minimum) : Gareth livre un film éminemment "regardable", avec d'excellentes idées de mise en scène "moderne" qui restent pourtant parfaitement respectueuses des codes du film de Kaiju, soit une sorte de quadrature du cercle résolue avec élégance. Pour le reste, malheureusement, on en est au degré zéro du cinoche hollywoodien pour multiplexes et bols géants de popcorn : un scénario littéralement catastrophique (et pas dans le sens "kaiju" de terme !), multipliant incohérences et invraisemblances risibles, et provoquant rapidement un terrible accablement, l'habituel défilé des clichés sur la puissance de l'armée US (pourtant bien inutile ici), et la nécessité de préserver la celule familiale, minant complètement la vision pessimiste de Gareth Edwards, ainsi que tout discours écologiste ou pacifiste cohérent, pourtant constitutif du mythe Godzilla. Mais le pire de "Godzilla" réside sans nul doute au niveau de l'interprétation : une fois - rapidement - éliminés Binoche et Cranston, et en évitant de donner quoi que ce soit à faire à Watanabe et Hawkins, il ne subsiste que le navrant Aaron Taylor-Johnson pour essayer de porter à lui seul l'aspect humain du film, et le pauvre se révèle d'une transparence qui frôle le grotesque. Bref, le "Godzilla" de nos rêves reste à faire...