Under the Skin affiche

A partir d'un thème S.F. déjà un peu éculé - un extra terrestre occupe le corps d'une jeune femme pour séduire des humains et les... dévorer ? Les dissoudre ? Ici, on ne sait pas vraiment, le film ne livrant aucune explication "superflue" -, Glazer a réalisé un road movie hivernal et cafardeux, dans les rues de Glasgow et sur les routes, puis finalement dans les forêts d'Ecosse. Quasiment muet, (en apparence) presque sans fiction ni rebondissement (il s'agit de revenir à une sorte de coeur "essentiel" du sujet), mêlant concepts kubrickiens et filmage avec caméra cachée et "acteurs" amateurs, porté par une Scarlett Johansson hébétée, voire cataleptique au fur et à mesure qu'elle absorbe ce qu'est l'humanité, et que le film progresse vers une fin cotonneuse et pourtant impressionnante, "Under the Skin" ne fait rien pour séduire son spectateur lambda, pour lui rendre plus aimable une heure quarante de dérive relativement obscure (mais qui est donc ce motard ? Et que fait-il exactement pour aider / contrôler la jeune femme ?)... Et pourtant, envers et contre toute attente, le film fonctionne comme un vrai trip - mais un trip "froid", engourdi - , et, largement grâce à sa musique, nous happe peu à peu dans une sorte de transe un peu "grunge", striée de moments malaisants (je pense en particulier à la scène de la plage, avec les noyades, le bébé abandonné. .. brrrrr!), et illuminée finalement par des images sublimes de paysages hivernaux. Au final, "Under the Skin" se révèle être une expérience assez radicale, qui n'empêche pas une réflexion plutôt maligne sur les liens entre le corps et la nature de l'humanité.