Argent de poche

"L'Argent de Poche"est un film à part dans la filmographie du regretté François Truffaut, comme une version outrageusement lo-fi de ses fameux "400 coups", dont il prolonge l'exploration des douleurs et des miracles de l'enfance, avec plus de légèreté. On pourrait affirmer que tout est critiquable dans "L'Argent de Poche" : un scénario fourre-tout qui empile les micros histoires, des acteurs amateurs souvent en roue libre, une mise en scène minimaliste et une image peu soignée... lo-fi, on vous dit ! Et pourtant, le film fonctionne au delà de toute attente, nous faut rire et nous touche tour à tour, sans jamais jouer sur aucun des ressorts classiques du "film d'enfance" : c'est sans doute ce mélange rare entre la crédibilité totale des situations - qui respirent le vécu - et le respect absolu des personnages - l'une des grandes forces de la Nouvelle Vague, héritage Renoirien, quoi qu'en disent ses nombreux détracteurs actuels - qui permet au miracle de l'empathie d'advenir, en dépit de tout. A moins que cela ne soit tout simplement l'amour profond de Truffaut pour l'enfance, qu'elle soit joyeuse ou opprimée, qui transcende chaque plan, quelque soit la "maladresse technique" apparente, de "l'Argent de Poche". Ajoutons en outre qu'il est difficile de ne pas ressentir en 2014 une certaine émotion devant le spectacle d'une France (on est à l'époque de Giscard) aux us et coutumes quasi disparus, et qui nous apparaît aujourd'hui comme un havre de tranquillité.