the place beyond affiche

Porté par un excellent bouche à oreille, "The Place Beyond the Pines" s'avère un objet bizarre, naviguant entre une certaine excellence formelle dans la lignée très à la mode des gestes esthétiques dévoués à la peinture de l'Amérique "profonde", et une indéniable maladresse dans son obsession à vouloir remplir un contrat sans doute trop ambitieux pour ses 2 h 15. L'audace de Ciafrance tient avant tout dans la construction atypique de son film,  dont il vaut mieux d'ailleurs ne rien savoir pour apprécier les décrochages narratifs et les passages de témoins entre personnages. Le premier tiers du film,  avec Ryan Gosling dans l'une de ses interprétations (qui deviennent instantanément) "mythiques" est certainement le plus bluffant formellement, et créera l'adhésion du plus grand nombre... alors qu'on peut paradoxalement déplorer qu'il tire sur les ficelles un peu usées du romantisme US classique (Brando, James Dean ont déjà habité ce genre de personnage et de situation tout-à-fait iconique). Les deux parties qui suivent, clairement bancales, ont l'intérêt de vouloir nous montrer un peu autre chose, nous parler de ce qu'est la filiation et des échos de nos actions à travers nos vies et celles des nôtres : si le scénario peut paraître alors un peu artificiel dans ses effets de "mémoire" (le fameux endroit menaçant dans la forêt où la mort n'adviendra pourtant pas, la moto du fils qui file vers l'avenir par rapport à celle du pére qui tournait en rond, etc.), on ne peut nier le plaisir qu'il y a à se laisser ainsi conduire par des chemins inhabituels. Finalement, le seul "grand défaut" du film, c'est la faiblesse de ses personnages féminins, symptomatique d'un traitement obsessionnel d'un sujet unique : le rôle et la place du père...