Her

Jusqu'à présent, j'étais resté assez sceptique devant les tours de magie de Spike Jonze, ses scénarios trop malins et son cinéma trop conceptuel pour être vraiment touchant. Et là, dans ce "Her" qui respecte pourtant les canons du cinéma de Spike Jonze, quelque chose de différent advient : l'émotion, omniprésente - mais pourtant infiniment subtile, fragile -, contrebalance enfin le trop-plein d'intelligence d'une histoire de SciFi par ailleurs incroyablement crédible (ça se passe dans quelques années, mais honnêtement, il suffit de regarder autour de soi, on y est déjà...). Et c'est bien entendu à l'incroyable Joaquin Phoenix (parfaitement dirigé, magnifiquement filmé, c'est vrai...) que l'on doit ce petit miracle : une vraie comédie romantique qui fonctionne à plusieurs degrés et fait appel autant à l'intelligence du spectateur qu'à son coeur, traitée tour à tour comme une utopie futuriste et comme une comédie de moeurs légèrement malaisante. Soulignons en passant que "Her" offre à Scarlett Johansson son tout meilleur rôle, alors que, évidemment, elle n'apparaît jamais à l'écran : sa performance vocale, extraordinaire, est essentielle à la crédibilité de cette histoire qui aurait pu si facilement faire naître les moqueries. Enfin, et même si "Her" souffre ci et là de quelques longueurs, le respect que manifeste Spike Jonze envers le temps qui passe - encore une fois capital pour qu'on croie à cette histoire - et l'intelligence avec laquelle il filme autant ses acteurs que ses décors à peine futuristes font de ce film une vraie anomalie dans le cinéma US, normalement plus soucieux d'efficacité narrative et de démonstrations bouclées. Bravo !