American Hustle

David O Russell est l'exemple du réalisateur pénible qui semble pourtant séduire une certaine critique, sensible à son "bluff" permanent, sans parler d'un grand public qui apprécie - à juste titre - les performances d'acteurs quasiment garanties. "American Bluff" (encore un titre "français" qui serait stupide s' il n'exposait pas candidement le programme de Russell) a tout du "super Russell-film" : le réalisateur nous montre avec un indéniable brio qu'il a bien étudié le style Scorsesien et qu'il est désormais capable de réaliser une copie parfaite du maître,  tire de son impressionnante troupe d'acteurs ce qu'on est tenté de juger comme le tout meilleur d'eux mêmes (a-t-on jamais vu Bale ou Renner aussi bons qu'ici ? Comment résister au show délirant d'une Jennifer Lawrence totalement à contre pied de ses personnages habituels?), et multiplie finalement les moments jouissifs, nous caressant sans vergogne dans le sens du poil. "American Bluff" est un donc film réjouissant,  en dépit de son scénario brinquebalant et pas très intéressant,  et de son accumulation de clins d'oeil qui peuvent même irriter (bon, De Niro en Marty, ça le fait bien, c'est vrai). Maintenant,  ceci fait-il du bon cinéma pour autant ? Pas sûr,  parce qu'on est bien en peine de trouver la moindre profondeur, voire la moindre fêlure existentielle dans un monde artificiellement "démonté" pour nous plaire : à la différence des Coen Brothers par exemple, pas de vertige métaphysique derrière la médiocrité triomphante. Il ne faut pas trop en demander à David O Russell.