Zero Dark Thirty

Pas aussi fan du "Démineurs" de Bigelow que beaucoup, j'ai donc un peu traîné les pieds pour regarder ce fameux "Zero Dark Thirty" : erreur dramatique, car après deux heures et demi littéralement foudroyantes, je ne peux faire que mon mea culpa ! "Démineurs" n'était qu'un brouillon, où Bigelow construisait patiemment son style (terriblement sec et près de l'os), son approche (un réalisme neutre hyper documenté, aucune psychologie, aucun sentimentalisme), sa mise en scène surtout (comment construire la tension sans aucune des facilités habituelles du cinéma US, musique, montage haché, etc.), pour en arriver à ce chef d'oeuvre que, personnellement, je n'avais donc vraiment pas vu venir ! Puisque tout le monde connaît l'histoire (ici avec un H majuscule), Bigelow travaille dans "Zero Dark Thirty" deux sujets en parallèle : l'un, inévitable, est celui de la morale politique (la fin justifie-t-elle les moyens ?, ce genre de choses) - une question que Bigelow n'évite pas (toute la première partie du film, sur les années Bush, fait froid dans le dos, mais Bigelow ne cache pas non plus qu'elle fut essentielle pour atteindre le but recherché...), mais se garde bien de répondre... ce qui est la juste posture du cinéma, à mon humble avis. Le second sujet, plus intéressant encore, est celui de la détermination individuelle, en écho d'ailleurs à "Démineurs" : ici, Jessica Chastain est exceptionnelle, portant le film de bout en bout sur ses frêles épaules, matérialisant mieux que personne l'obstination d'une combattante, bien loin des clichés de l'héroïsme ou du patriotisme. Se bouclant par une dernière demi-heure soufflante, "Zero Dark Thirty" ne mérite qu'un qualificatif : parfait.