Jeune et Jolie

Quand on lit certaines critiques, négatives ou au moins dubitatives, sur le dernier Ozon, "Jeune et Jolie", après être sorti d'une séance où l'on a tour à tour été dérouté, fasciné, puis surpris par le justesse du regard d'Ozon, on peut se demander : 1) jusqu'où le puritanisme universel est-il arrivé à contaminer la France 2) jusqu'où les mécaniques de récit hollywoodiennes ont-elles rendu le spectateur actuel fainéant, qu'il ne puisse accepter un film qui ne soit livré clé en main avec explications psychologiques à l'appui. Triste que ce portrait magnifique, oui, magnifique, d'une jeune femme complètement de son temps - cette époque de la déréalisation et de la perte de soi même - ne rencontre pas l'écho qu'il mérite... Le parallèle avec "Belle de Jour" est évident, mais j'oserais dire que - du fait de l'époque, justement - Ozon va plus loin que la satire buñuelienne de l'amour bourgeois, et, en faisant le choix, radical il est vrai, de refuser tout érotisme, voire même toute sensualité, pour peindre avec ce que je qualifierais de "nihilisme posé" une simple énigme : une énigme qui nous interroge - à la juste distance, et cette question de distance est effectivement fondamentale ici -, une énigme dont la solution est pourtant évidente, mais nous échappe néanmoins désespérément.