Holy Motors

D'abord, le temps des "auteurs" - au moins comme on l'entendait, au sens "nouvelle vague" du terme en France - semble prêt d'être révolu, et Carax, super auteur maudit s'il en est, n'échappe pas à cet effet d'obsolescence : lorsque "Holy Motors" débute, il y a comme une gêne à assister désormais à ce qui peut passer pour l'expression d'un nombrilisme intellectuel vaguement prétentieux, voire même arrogant, qui avait jadis coûté à Carax sa carrière. Et puis, peu à peu, l'aspect ludique du film se dessine, et l'emporte sur ce qui pourrait être un (bâillement) message sur la mort ou sur le futur du cinéma : si l'on admet que Carax ne nous dira rien de profond, ni même de vraiment intéressant, mais qu'il a décidé de nous divertir en illustrant ses fantasmes délirants de cinéphile avec tout le brio technique dont on le sait capable, on est alors prêt à s'embarquer pour un trip tout à fait délicieux, voire fascinant, et même par instants extraordinairement exaltant. "Holy Motors" se tient parfaitement en tant qu'enchainement de sketches presque tous réussis, et tous interprétés par un même acteur, l'épatant Denis Lavant, qui revêt une multiplicité d'identités folles - du génial Monsieur Merde à un banquier et son assassin à la fois, en passant par un père de famille angoissé par sa fille... De l'enthousiasmant intermède musical dans l'église à la longue citation de Sparks pendant le segment le plus émouvant du film, Carax confirme en outre ici cette sensibilité "rock" qui en fait un véritable frère pour nous. "Holy Motors" n'est sans doute pas le chef d'oeuvre que certains ont voulu nous vendre, mais il est un réjouissant moment de cinephilie jouissive, vivante et énergique.  Voici un film sombre qui donne pourtant confiance en la vie et en le Cinéma, un film exceptionnel.