FargoMême si "No Country For Old Men" est un concurrent sérieux, on peut désormais parier que "Fargo" sera bel et bien le sommet indépassable de l'oeuvre désormais conséquente des Frères Coen, que plus personne ne considère encore aujourd'hui comme deux petits rigolos, comme c'était encore le cas à la sortie du film. "Fargo" avait été alors soupçonné d'être une - bonne - blague de potaches, qui plus est aggravée par un mépris surplombant envers des personnages de l'Amérique Profonde au comportement quasi "alien", vu de notre monde "civilisé". Bien sûr, "Fargo" n'est rien de tout cela, et il a aujourd'hui une franche gueule de tragédie classique, à peine tempérée par cet humour dont on sait qu'il est la "politesse du désespoir". Et on sait en outre que derrière la description des rituels comiquement absurdes de la vie de "gens ordinaires" aux prises avec un environnement particulièrement inhospitalier (le froid et l'absence de lumière sont extraordinairement rendus dans "Fargo", sans d'ailleurs en faire tout un plat !), il y a de la part de Joel et Ethan Coen une tendresse sincère, mais aussi un souci de "réalisme fantastique" peu usuel dans le film de genre hollywoodien. L'interprétation aussi minimaliste que drôlatique du casting - excellent dans son ensemble -, et la précision d'une mise en scène toute en suggestion, décuplent l'impact des quelques scènes - mémorables certes - de violence aveugle qui parsèment le film jusqu'à sa conclusion, aussi logique que finalement dédramatisée. Le tout fait finalement reconsidérer a posteriori les ambitions philosophiques et morales de  "No Country for Old Men", qui paraissent en comparaison manquer de subtilité : dans "Fargo", film déceptif aux allures bien innocentes, le lent -mais irrémédiable - engourdissement de toute humanité et l'émergence incompréhensible du pire sont finalement encore mieux illustrées.