Rear_Window"Fenêtre sur Cour" n'est pas mon Hitchcock préféré, même si sa partie "théorique" sur la représentation, sur l'espace et sur la position (et le rôle) du spectateur constitue certainement l'un des travaux les plus passionnants du Maître : c'est d'ailleurs curieusement l'un de ses axes de recherche qui a été le moins poursuivi (sauf par De Palma bien entendu, comme dans "Body Double"...) : même si c'est sans doute la "théatralité" de la mise en scène qui appelle ce commentaire, je trouve que c'est chez Resnais - qui n'est pourtant pas un cinéaste "hitchcockien" - que l'expérience a été renouvelée avec le plus de pertinence. "Fenêtre sur Cour" bénéficie en outre de la lumière éblouissante de Grace Kelly, qui n'a a jamais été aussi belle que filmée par Hitch, bien entendu, et du délicieux marivaudage entre elle et un James Stewart hilarant, même dans la posture du pervers qui justifie l'intrigue. C'est d'ailleurs un aspect peu commenté du film que de voir comment Hitchcock conçoit la construction d'un couple grâce à la complicité qui naît d'une aventure partagée : ce n'est pas du romantisme classique, mais c'est assez convaicant, pour le coup ! Le vrai problème que me pose "Rear Window", c'est que la lisibilité des situations, corollaire indispensable de l'exercice auquel se livre Hitchcock en superposant parfaitement le spectateur-voyeur et le personnage-voyeur, plaque une distance - théâtrale, on le voit - sur l'intrigue, que l'utilisation de focales différentes (le regard nu, puis les jumelles, puis enfin le zoom hyperdimensionné du photographe, symbole phallique suppléant à l'impuissance sexuelle du voyeur) ne résout pas complètement. Voici donc un film parfaitement admirable sur le plan théorique, une traduction parfaite des liens entre l'impuissance et la fascination voyeuriste, qui, très logiquement, ne constitue pas un "pur spectacle" aussi jubilatoire que les autres chefs d'oeuvre de la même époque.