Il_etait_une_fois_en_France_6Encore une excellente série de la BD traditionnelle française (un futur classique à coup sûr...) qui se termine, et Nury et Vallée ne ratent pas la conclusion de leur "chef d'oeuvre", célébré un peu partout. En misant sur une ambiance crépusculaire, en focalisant leur dernier chapitre sur le sentiment de perte et les désillusions de la fin d'une vie, ils confèrent une profondeur inédite à leur chronique d'une période aussi douteuse que douloureuse de l'histoire de France. La vengeance interminable du "petit juge de Melun" est devenu une maladie, un cancer qui ronge tous les personnages de cette lente et lugubre descente aux enfers, et, une dernière fois, le lecteur aura la tentation de la sympathie envers ce Joseph si brillamment doué pour les affaires (sa résurrection à Mende est l'un des moments saisissants de ce tome) et pourtant tellement incapable de suivre le "bon chemin" au milieu des évènements dévastateurs du siècle. Cette sympathie ambigüe est la limite assumée de la série, mais donne aussi la mesure de son "honnêteté" intellectuelle : qui sommes-nous donc pour juger un homme, même si ses actes se sont avérés monstrueux ? En renvoyant dos à dos dans la conclusion le coupable et le justicier, et prenant acte aussi du lien créé par la haine, mais aussi par l'amour (le beau personnage de Lucie-fer, peut-être pas assez bien traité par la série...), lien que seule la mort peut dénouer (et encore...), Noury et Vallée font preuve ici d'une hauteur de vue tout-à-fait étonnante. On n'oubliera pas de si tôt l'agonie de Joseph, redevenu un petit enfant juif, terrorisé par la menace abjecte de l'Holocauste auquel il n'aura finalement pas vraiment réchappé...