Happiness_TherapyFilmer de manière empathique et surtout honnête des personnages déviants, ou tout au moins borderline, est un défi que de nombreux cinéastes ont relevé, pas toujours pour le mieux. On peut donc applaudir sincèrement la réussite de ce "Happiness Therapy", qui arrive à être presque toujours juste tout en restant "près de l'os", qui sait être douloureux sans tomber dans le pathos excessif ou le cabotinage... et ce malgré un happy end conventionnel et un peu trop hollywoodien, qui tranche notablement par rapport à l'ambiance dépressive et grise qui a prévalu tout au long du film. Comme souvent dans ce genre de tentative - américaine - d'un cinéma "sérieux", ou tout au moins adulte, puisque le film s'essaie aussi aux mécanismes de la comédie hawksienne (entendez frénétique), ce sont les acteurs - impeccables - qui portent le sujet, voire le film tout entier, et emportent finalement l'adhésion du spectateur. Si Bradley Cooper surprend - positivement - dans un registre qui lui est inhabituel, ce sont Jennifer Lawrence - sexy, écorchée vive et complexe, donc fascinante - et surtout Robert De Niro (vraiment "de retour" après 20 ans de n'importe quoi ! Incroyable !) qui enchantent littéralement la pellicule, et créent l'enthousiasme... et ce en dépit d'une photo qui surjoue la banalité et cloue les élans du film au sol, et surtout d'une mise en scène pénible d'un David O. Russell, qui confirme ici qu'il est un bien piètre directeur, sabotant même parfois à coup de caméra instable et de montage frénétique le travail de ses acteurs, ne laissant jamais assez de temps pour que la vérité des situations infuse complètement. "Happiness Therapy" est donc aussi un film frustrant, par rapport à ce qu'il aurait pu être aux mains d'un meilleur réalisateur.