We_Need_to_talk_About_KevinImaginez Michael Haneke faisant un remake de "la Malédiction" et ayant la bonne idée de confier le rôle principale à la meilleure actrice actuellement en activité dans le monde (... avec Isabelle Huppert, peut-être...), Tilda Swinton : c'est probablement la manière la plus exacte de décrire cet étrange "We Need To Talk About Kevin", film traumatisant au possible, et dont il est impossible de nier l'impact profond sur le spectateur. S'agit-il pour autant d'un BON film ? Le débat est ouvert, en particulier en ce qui concerne une mise en scène qui allie intelligence (la construction du film sous la forme hautement volatile du flux mémoriel du personnage principal) et stupidité "arty" (Pourquoi tant de chichis prétentieux ? Pourquoi cette stylisation esthétique qui joue à plein contre le sujet "rugueux" du film ?). De même, j'ai entendu certains louer l'interprétation de Ezra Miller, alors que ses grimaces diaboliques sans subtilité font régulièrement basculer le film vers le grand guignol fantastique : la monstruosité est quand même beaucoup plus justement illustrée par le génial Gus Van Sant dans son prodigieux "Elephant" que par les regards fourbes et les ricanements de "Kevin" ! Ces réserves sérieuses sur le film n'empêchent néanmoins pas de reconnaître l'audace - et la pertinence - de son (double) sujet : la recherche des "origines du mal" (sujet Hanekien s'il en est...) et l'éternal débat entre "inné" et "acquis", merveilleusement incarné par une Tilda Swinton détruite par ses doutes quant à sa responsabilité de mère trop distante et pas assez aimante. Un film à voir, de toute manière, au moins pour les discussions qu'il ne manque pas de susciter !