11_22_63J'avais hâte de voir le traitement que Stephen King pouvait appliquer aux classiques dilemmes du voyage temporel, s'ils pouvaient amener une perspective nouvelle à l'éternel antagonisme fictionnel entre "une réalité unique qui se boucle sur elle-même" ou "une infinité de réalités possibles que le retour dans le temps peut affecter" (phénomène amplifié par la théorie - relativement récente - du chaos et de l'effet papillon...). Et sur ce point, force est d'avouer que King innove avec son concept de résistance du passé, d'harmoniques, et également l'idée amusante de sentinelles de la réalité fondamentalement impuissantes, et donc dépressives ! Pour un lecteur fan de SF intelligente, "11/22/63" est donc une réussite totale, d'autant que la réalité "dégradée" créée par le retour en arrière du héros est particulièrement saisissante. Le problème fondamental du livre est que King, comme c'est de plus en plus le cas, n'arrive pas à contrôler son écriture, de plus en plus "généreuse", et sa passion pour la création de personnages absolument crédibles dans le moindre détail : ces deux qualités indiscutables de King deviennent ici des défauts, le livre dépassant les 800 pages, ce qui est bien trop pour son contenu fictionnel... On s'ennuie régulièrement, et ce d'autant que les 5 années d'attente du héros sont fondamentales au récit de King. On comprend bien entendu qu'un lecteur américain se passionnera pour une re-création aussi précise et crédible des années 60, mais, vu d'Europe, tout cela n'est guère enthousiasmant. Au final, malgré sa dernière partie scotchante, "11/22/63" ne figurera pas parmi les meilleurs livres de Stephen King... même si sa lecture reste conseillée aux lecteurs les plus patients.