MammuthOn avait oublié - honte à nous - après des décennies de rôles caricaturaux et faciles, de films sans grâce, d'apparitions publiques antipathiques, combien Gérard Depardieu était - est - un acteur sublime, lui qui fut dans sa jeunesse l'égal des plus grands. S'il n'y avait qu'une seule bonne chose à dire de "Mammuth", c'est qu'il nous rend l'immense, le génial acteur des années 70, de l'époque Duras, Blier, Téchiné, etc. La subtilité, la légèreté dont fait preuve Depardieu ici, pour donner vie à un personnage qui se prêtait pourtant à tous les excès, laissent tout simplement pantois ! On passera donc une heure et demi émerveillés devant la finesse bouleversante de chacun de ses gestes, de ses mots, et on oubliera d'autant plus facilement les (nombreuses) facettes déplaisantes du film : cette arrogance "arty" qui tire de road movie de Kevern et Delépine vers le bas, loin des modèles Wenders et Jarmusch, clairement évoqués ; cet humour "grolandien" qui en réjouit beaucoup mais me semble assez consternant de facilité ; ces excès de trivialité dépressive qui décrédibilisent nombre de thèmes pourtant pertinents (la dévalorisation du "travail bien fait", la haine de l'autre comme mode de communication systématique, la laideur du milieu urbain "moderne", et globalement la perte générale d'innocence, remplacée par un cynisme déplaisant...). Oui, on passera généreusement sur tout ce qui empêche "Mammuth" d'être du vrai, du grand Cinéma : merci, Monsieur Depardieu !