2012_07_We_Are_Augustines_Sala_El_Sol_016Nous sommes en train d’attendre Calle de los Jardines l’ouverture des portes de la Sala El Sol – prévue vers 22 h 30 – quand nous voyons sortir de la salle un Bill McCarthy passablement agité, visiblement anxieux, qui se met à arpenter de haut en bas la petite rue sombre : le jeune homme me paraît aussi tourmenté que le premier album de We Are Augustines, « Rise Ye Sunken Ships », dédié à son frère James récemment décédé, le laissait pressentir.

Curieusement, c’est un Bill McCarthy bien différent qui monte sur la scène en demi-lune de la Sala El Sol à 23h 15 : exalté oui, mais positivement, par l’idée de jouer à Madrid – une ville qu’il nous raconte avoir bien connu quand il y faisait la manche dans le métro (« ça a été une période difficile de ma vie en Europe, mais Madrid m’a bien accueilli... ») – devant un public certes clairsemé mais très enthousiaste. Ce bonheur, presque enfantin de pouvoir interpréter ses chansons avec le support d’un vrai groupe, puisque McCarthy et son acolyte Eric Sanderson (à la basse, aux claviers et à la guitare) sont soutenus pour cette tournée par deux musiciens anglais, un batteur et un autre guitariste occasionnel, étoffant ainsi le son des chansons, sera mis à rude épreuve par des difficultés techniques – lorsque l’ampli des claviers rend l’âme – et aussi, il faut bien le dire, par le manque de cohésion de ce groupe qui n’a clairement pas beaucoup d’heures de vol en commun ! Le moment le plus désagréable adviendra quand McCarthy devra interrompre, rouge de confusion, une version dissonante de Augustine, a priori à cause de l’enthousiasme mal contrôlé du second guitariste rythmique... « Je crois que je me souviendrai toute ma vie de ce concert », balbutie McCarthy, visiblement embarrassé par le manque de professionnalisme du set !2012_07_We_Are_Augustines_Sala_El_Sol_017

Mais bon, tout n’a pas été ainsi au cours des courtes 65 minutes du concert de We Are Augustines, un concert fleurant certes l’amateurisme, mais aussi franchement  généreux, presque joyeux malgré les thèmes dépressifs des chansons. Pour tout dire, nous avons passé une bonne soirée, avec un son bien fort comme je les aime, et deux ou trois moments d’excitation rock’n’rollesque bien venus – comme sur le tranchant Patton State Hospital, l’un des tous meilleurs titres de l’album... Car le manque de « contrôle » de McCarthy, qui se laisse en permanence déborder par sa propre expressivité, son désir impulsif de « communiquer », de « communier » même avec son public, peut certes fatiguer (comme sur l’album, il y a en live une indéniable tendance à saturer à force d’émotions débordantes – McCarthy devra apprendre à canaliser sa rage et sa douleur pour les rendre plus « digestes », plus « plaisantes » peut-être pour son public...), mais est aussi une indéniable preuve de sincérité, ce qui n’est pas si commun dans le rock actuel. On passera donc aisément sur les « mauvais » moments du set, comme une version inaudible du très beau Juarez ou la conclusion « a capella » du set, frôlant le ridicule, et on se souviendra de l’énergie débordante dont le groupe a su faire preuve sur Headlong into the Abyss, sur le futur classique qu’est Chapel Song (concis, parfait) et sur la seconde tentative, réussie celle-ci, de nous jouer Augustine.

Bilan positif pour la soirée, donc, et l’envie de suivre les prochaines étapes de la carrière de Bill McCarthy.