La_TaupeAdapter au cinéma et en deux heures de film l'inadaptable "Taupe" de Le Carré doit être l'un des paris les plus impossibles qui soit, et il n'y a au final aucune surprise à ce que le lecteur nostalgique sorte du film de Tomas Alfredson un tantinet frustré par la (relative) simplification des péripéties complexes du livre. Il vaut mieux se concentrer sur la mise en scène, absolument remarquable de précision, de subtilité, de rythme pourrait-on dire si l'on accepte - c'est mon cas - la lenteur comme l'un des rythmes les plus judicieux pour représenter de manière à la fois crédible et empathique les cheminements mentaux tortueux des "héros" du Cirque ! Si l'interprétation de Gary Oldman a recueilli, logiquement, tous les suffrages - critiques et publics -, la précision stylistique du film a fait débat, par contre. Or, il me semble qu'elle ne participe pas ici à un embaumement  "décoratif" du passé - gros travers du cinéma anglais "en costumes" : au contraire, Alfredson nous offre plutôt une sorte de représentation figurative des labyrinthes intellectuels piégés dans lesquels errent les protagonistes oscillant entre paranoïa, avidité et résignation.