MilleniumOn attendait beaucoup du travail de David Fincher sur le beau matériau qu'est "Millenium", tant la convergence des thèmes préférés du réalisateur et du best seller mondial était évidente : démontage des mécanismes analytiques d'une enquête ("Zodiac"), description d'un monde désormais totalement digitalisé où la vie privée n'existe plus ("Social Network"), fascination / répulsion envers la barbarie humaine ("Se7en" et "Zodiac"), etc. "Millenium : les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes" s'avère malheureusement un échec artistique complet, et ce, malgré l'habituelle maîtrise de Fincher, qui sait composer et rythmer ses scènes, aussi bien les plus statiques (assis en face d'un écran d'ordinateur...) que classiquement dynamiques : ce qui tire le film vers le bas, c'est un très mauvais script, qui respecte beaucoup trop à la lettre le beau livre de Stieg Larsson et échoue en permanence à transmettre la complexité du processus intellectuel des héros, tout comme la prolifération de l'intrigue. Le résultat est que "Millenium..." frustre en permanence son spectateur, morcelant le récit en micro scènes peu signifiantes, construisant un rythme paradoxalement trop rapide, qui donne pourtant une sensation que le film fait littéralement du surplace, et surtout ne donnant jamais à ses personnages la possibilité d'exister réellement à l'écran, autrement que comme représentation fantasmée des créatures quasi mythiques inventées par Larssen. Au final, cette version US s'avère, malgré l'esbrouffe technique, beaucoup moins satisfaisante que la première adaptation suédoise, en partie aussi, il faut bien le dire, parce que l'interprétation de Rooney Mara est à dix pieds au-dessous de celle de Noomi Rapace dans le rôle essentiel de Lisbeth.