A_Perfect_World"Un Monde Parfait" commence comme l'un de ces "films pour mecs" dont le Clint "première version" a été le héraut et le modèle : évasion de deux durs à cuire, prise d'otages, organisation de la riposte policière manière cowboy (on est au Texas), le tout filmé sec comme Eastwood a appris à la faire chez Don Siegel. Mais à peine a-t-on le temps de se dire que tout cela est bien convenu que le film se met à vagabonder sur des chemins moins empruntés, en tout cas par Hollywood : la distance flegmatique que le Texas Ranger adopte par rapport à l'objectif de la "poursuite", aussi bien que l'ambigüité croissante des relations entre le preneur d'otage et l'enfant envoie valser toutes nos certitudes. Oui, il y a un thème profond qui se révèle peu à peu dans "Un Monde Parfait", c'est celui de la maltraitance des enfants, et des traces qu'elle laisse en leurs victimes, comme en ceux qui les ont perpétrées. Mais même ce thème, très "eastwoodien", ne débouche sur aucun des poncifs auquel nous sommes habitués : pas de remplacement du père au cours de la cavale, pas de morale à deux sous qui nous permettent de verser une larme et de nous sentir meilleurs. Car ce qu'Eastwood nous dit, dans ce qui pourrait bien être l'un de ses tous meilleurs films, c'est qu'il est impossible d'avoir la moindre certitude quand à ce dont nous avons vraiment "besoin" : d'un père, aussi ignoble et amoral soit-il, ou au contraire simplement de guides moraux clairs ? Formellement, rappelons que la mise en scène et la direction d'acteurs d'Eastwood frôlent déjà la perfection, et que Kevin Costner a trouvé dans "Un Monde Parfait" son rôle le plus riche, le plus complexe, bref le meilleur.